Dans le Pas-de-Calais, la baisse du nombre de médecins généralistes est une réalité tangible depuis plusieurs années. Entre 2016 et 2020, le département a perdu près de 6 % de ses médecins généralistes libéraux. Face à ce constat, la CPTS Liévin – Pays d’Artois a choisi d’agir, avec les communes du territoire, pour inventer de nouvelles façons de garantir l’accès aux soins.
C’est ainsi que sont nés les cabinets de médecine générale avancée.
Un dispositif pensé avec les communes
Le point de départ est simple : certaines communes se retrouvent sans médecin, souvent après un départ ou une cessation d’activité, sans solution immédiate à offrir aux habitants. Plutôt qu’attendre une installation qui peut prendre des années, la CPTS a co-construit avec les collectivités un cadre opérationnel prêt à l’emploi.
Les communes apportent les locaux, le mobilier, un environnement favorable. La CPTS prend en charge l’organisation pratique : équipement, outils informatiques, logiciels, accompagnement au démarrage. Le médecin, lui, peut exercer dès son arrivée, en toute autonomie, sans avoir à tout monter de zéro.
Le dispositif a d’abord été expérimenté à Mazingarbe, puis à Ablain-Saint-Nazaire, avant de se poursuivre à Bully-les-Mines. Les deux premiers sites ont fermé — non pas parce que le dispositif aurait échoué, mais parce qu’il a rempli son rôle : la situation médicale locale s’est améliorée, et le besoin s’est transformé. Aujourd’hui, le cabinet de Bully-les-Mines est actif avec quatre praticiens.
Pour les médecins : la liberté du remplacement, avec un cadre en plus
Ce que propose ce dispositif aux médecins généralistes, c’est une forme d’exercice intermédiaire — entre le remplacement classique et l’installation durable.
Pas d’engagement lourd. Pas de logistique à gérer seul. La possibilité de venir selon ses disponibilités, de découvrir une patientèle, de rencontrer les professionnels du coin, de tester un territoire… sans que ça ressemble à un saut dans le vide.
Le praticien reste pleinement indépendant : ses consultations, ses prescriptions, ses feuilles de soins — tout relève de son exercice propre. Mais il bénéficie d’un environnement structuré, d’un appui de la CPTS et d’un lien avec la commune. Ce n’est pas un remplacement isolé. C’est quelque chose de plus accompagné.
Pour certains médecins, cette expérience restera ponctuelle. Pour d’autres, elle peut devenir une étape vers une installation. La CPTS ne pose pas de condition : elle reste ouverte à la rencontre, même sans projet défini.
Pour les habitants : retrouver un médecin, et un suivi
Derrière ces cabinets, il y a des patients qui n’ont plus de médecin traitant depuis des mois, parfois des années. Des personnes qui, lorsqu’elles peuvent à nouveau consulter, ont besoin qu’on reprenne leur dossier, qu’on relance la prévention, le dépistage, le suivi au long cours.
Ce travail-là demande du temps et une présence médicale stable. Les cabinets de médecine générale avancée ne règlent pas tout, mais ils permettent de recréer ce lien — dans un cadre humain, accessible, coordonné.
Un outil parmi d’autres, dans une dynamique plus large
Ces cabinets sont pensés spécifiquement pour les médecins généralistes, mais ils s’inscrivent dans une démarche plus large : celle de la CPTS Liévin – Pays d’Artois, qui accompagne l’ensemble des professionnels de santé du territoire — infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes, sages-femmes, orthophonistes, chirurgiens-dentistes, psychologues — dans leurs projets, leurs coopérations, et leur exercice coordonné.
L’objectif reste le même : rendre le territoire plus accueillant, plus lisible, plus attractif pour ceux qui souhaitent y exercer.
Une expérimentation qui a trouvé sa place
Née comme un essai, cette démarche a montré qu’une réponse locale peut être à la fois réaliste, souple et utile. Son histoire — de Mazingarbe à Bully-les-Mines — dit quelque chose d’important : un bon dispositif, c’est un outil qui sait évoluer quand les besoins changent.
Pour les communes, c’est une façon d’agir concrètement. Pour les médecins, une porte d’entrée vers un territoire. Pour les habitants, la perspective de retrouver un médecin.
Les témoignages ci-dessous ont été recueillis en juin 2024. Certains des professionnels qui s’expriment n’exercent plus aujourd’hui sur le territoire de la CPTS Liévin – Pays d’Artois ; leurs propos restent représentatifs de l’esprit et du fonctionnement du dispositif à cette période.


