Rencontre avec Valentin Dereuder – Masseur-kinésithérapeute – MSP de l’Avre (Contoire-Hamel)Temps de lecture : 5 min

Après avoir obtenu son baccalauréat S, Valentin Dereuder a réalisé 2 années de médecine et a ensuite intégré une école de kinésithérapie où il a réalisé 6 mois en centre de rééducation. 

En 2012, il décide avec d’autres professionnels de santé de monter la Maison de Santé Pluriprofessionnelle de l’Avre à Contoire-Hamel (80), qui verra le jour 6 ans plus tard, où il exerce aujourd’hui comme masseur-kinésithérapeute.

Il revient aujourd’hui sur les étapes clés de la création de la Maison de santé et nous partage son avis sur l’exercice coordonné.

■ Quelles ont été les motivations qui vous ont poussées à créer une maison de santé Pluriprofessionnelles (MSP) ?

La volonté de créer une MSP est née grâce à plusieurs professionnels de santé. Au départ avec Guillaume Fongueuse, nous avions envie de créer un nouveau projet de groupe et lancer un tel projet par des professionnels de santé, ce n’est pas la même chose que lorsque c’est lancé par des communautés de communes (l’envie, la dynamique, la motivation). 

Nous avons donc échangé avec d’autres professionnels de santé, qui souhaitaient eux aussi se lancer dans le projet et ensuite, nous sommes allés à la recherche de financement. Ce fût une étape fastidieuse mais grâce à la communauté de commune, nous avons pu financer notre projet.

Nous avons mis pratiquement 6 ans à monter ce projet, puisqu’il a officiellement vu le jour le 30 avril 2018. Aujourd’hui, nous avons 4 médecins généralistes, 2 kinésithérapeutes, 1 équipe de soins infirmiers, 1 infirmière ASALEE, 1 psychologue, 1 diététicienne, 1 orthoptiste, 1 cabinet de médecins spécialistes (urologue, angiologue, phlébologue) et 1 pharmacien.

■ Qu'est-ce qui vous plaît dans l'exercice en maison de santé pluriprofessionnelle ?

Je vois un intérêt dans le travail de groupe qui est plus dynamique et plus motivant. D’un point de vue professionnel, quand on rencontre une problématique avec un patient, on peut échanger avec les différents corps de métiers afin de pouvoir apporter la meilleure solution. Nos pratiques professionnelles s’entrecroisent.

On voit l’évolution des métiers, la nouvelle génération de médecins est dans la demande et est dans l’échange.

Tous les mois nous avons 1 réunion de staff le mardi-midi (en présentiel ou en visio). Parfois des mois de préparation de protocoles, d’actions de santé publique. On essaye de mutualiser.

■ Quelles sont les grandes priorités de votre projet de santé ? Les protocoles au sein de votre MSP ? Les caractéristiques de votre territoire ? De la patientèle de votre MSP ? 

Nous avons 6/7 protocoles par an : diabète, lombalgie chronique, les AVK (antivitamines K), plaies, cicatrices, BPCO, maladies cardiaques, problèmes de néoplasie, suivi femme enceinte…

Nous travaillons au sein d’un territoire rural. Ce n’est pas évident pour tous les patients car certains font plus de 15 à 20km pour venir nous voir.

■ Quelles ont été les principales difficultés que vous avez pu rencontrer en tant que professionnel de santé concernant votre installation, votre exercice quotidien ou autre ?

Au départ, nous avons eu de grosses difficultés administratives, c’est ce qui nous a fait perdre du temps, mais on a été soutenus par l’ARS des Hauts-de-France, et les personnes en charge de la santé publique de la CPAM.

■ Quels avantages (ou désavantages) rencontrez-vous dans l’exercice regroupé ?  

Je ne parlerais pas de “désavantages” mais plutôt de “freins de réflexion”. Lorsqu’on évolue en exercice regroupé, il y a plus d’implications : à la fois dans son travail et dans la mise en place des projets de la maison de santé. Mais pour ma part, c’est bénéfique car je suis un acteur de la maison de santé, et je contribue à son évolution.

Avec mes collègues, nous avons essayé de monter un projet en prenant en compte les remarques de chacun, pour que tout le monde puisse s’y retrouver : loyers modérés pour attirer de nouvelles professions, études d’architecture pour que la MSP s’inscrive dans le paysage de la commune…

Nous sommes un groupe et le dialogue est très important pour que l’on puisse réussir à évoluer ensemble et faire perdurer la maison de santé.

■ Conseilleriez-vous l’exercice regroupé aux jeunes professionnels qui souhaitent s’installer ? 

J’aime l’exercice regroupé mais il faut bien avoir en tête que tout le monde ne peut peut-être pas y rentrer. Il faut aimer l’échange et aimer l’esprit d’équipe. Je pense qu’il est important d’être dynamique et moteur. C’est un exercice qui peut évoluer dans le temps. De plus,  ça peut être un développement de carrière qui peut permettre aux jeunes de découvrir d’autres métiers.

Au niveau kiné, d’un point de vue géographique et démographique, il est difficile de trouver des remplaçants. Ils se tournent davantage vers Amiens qui est la plus grande ville la plus proche de chez nous. Pour l’instant, nous n’avons pas eu l’occasion d’accueillir de stagiaires mais ce serait avec plaisir !

■ S’il fallait refaire votre parcours d’installation, qu’est-ce que vous changeriez (ou non) ?

Je pense que je reverrais peut-être mon parcours d’installation. Mon expérience en centre de rééducation fût (trop) courte, elle n’était que de 6 mois mais en soi je suis content car notre métier évolue continuellement et grâce aux MSP, on touche à d’autres spécialités.

■ Est-ce que vous estimez que l’exercice en MSP vous permet de gagner du temps perso ?

J’essaye au mieux de concilier ma vie de famille avec ma vie professionnelle mais ce n’est pas toujours évident car c’est aussi une volonté de ma part de m’investir plus dans la maison de santé. Ce qui est important, c’est que chaque professionnel de santé s’investit à la hauteur de ce qu’il a envie de s’investir, personne n’est obligé de donner plus si ce n’est pas sa volonté.

■ Un mot pour les jeunes qui cherchent à s’installer ? 

“Ne pas hésiter à prendre des risques”. Il ne faut pas hésiter à demander des stages ou des remplacements dans une maison de santé si c’est votre volonté, car l’expérience ne peut être qu’enrichissante. On acquiert de l’expérience dans son métier et on y découvre pleins d’autres métiers qui nous sont complémentaires.

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